Claude Monet

Un impressionniste à Vétheuil

1878-1881 par Claire Gardie

 

Épisode 1:

 

Le peintre Claude Monet alors âgé de 38 ans arrive à Vétheuil avec sa première épouse Camille Monet née Doncieux et leurs deux garçons Jean et Michel probablement au cours du mois d’août 1878. Ils quittent Paris sans un sou pour poser leurs valises dans ce charmant village de campagne à 60 kilomètres de Paris.

La mention de Vétheuil est visible dans cet extrait de lettre envoyée le 1er septembre 1878 à Eugène Murer, pâtissier parisien et amateur de peintures impressionnistes.

Mon cher Murer,

“Excusez-moi de rester aussi longtemps sans vous donner signe de vie, vous devez trouver ma façon d’agir bien sans gêne et je ne sais vraiment que vous dire pour m’excuser. Je ne vois qu’un seul moyen de me faire pardonner, c’est de vous apporter de  bonnes toiles. c’est ce que je ferai prochainement car vous avez peut-être su que j’avais planté ma tente au bord de la Seine à Vétheuil, dans un endroit ravissant d’où je pourrais rapporter pas mal de bonnes choses si le temps était meilleur…”

Claude Monet

 

L’église de Vétheuil, 1878

huile sur toile 61 x 80.5 cm, collection privée

 

A cette époque de sa vie, le maître de l’impressionnisme, loin du succès et de la reconnaissance de Giverny traverse des temps très difficiles comme en témoigne cet extrait de lettre envoyée à Emile Zola quelques mois auparavant:

“ Mon cher Zola,

Voulez-vous me rendre un grand service ? Nous n’avons plus un sou à la maison, pas même de quoi faire bouillir la marmite aujourd’hui ; avec cela, ma femme mal portante et demandant bien des soins (…) Voulez-vous me prêter deux ou trois Louis ou même un si cela vous gêne ? Je pourrai vous rendre cela d’ici une quinzaine. Vous me rendriez un bien grand service, car j’ai couru toute la journée d’hier sans pouvoir trouver un sou. Bien à vous “

Claude Monet

Camille est malade depuis plusieurs mois maintenant et son second accouchement  semble avoir aggravé son état de santé, Monet en est très inquiet. Comment faire pour trouver quotidiennement le moyen de subvenir aux besoins de sa famille, payer le loyer d’un logement, le matériel de peinture, trouver le temps de continuer à peindre et enfin de vendre ses toiles et à qui? Il faut sans cesse chercher de nouveaux acheteurs, des collectionneurs qui n’ont pas peur de dépenser quelques dizaines de francs pour s’offrir cette nouvelle peinture impressionniste dont le tout Paris se moque.

Parmi ceux-là, il faut maintenant parler d’Ernest Hoschedé, riche négociant en tissu de luxe marié à Alice née Raingo dont il a 6 enfants. Collectionneur de toiles impressionnistes et mécène de Claude Monet. Malheureusement, Ernest Hoschedé fait faillite entre 1877 et 1878, une banqueroute retentissante qui n’est pas passée inaperçue dans Paris. Les deux familles se fréquentent depuis plusieurs années déjà et décident alors de partager une maison à Vétheuil le temps sans doute, que la situation des uns et des autres s’améliorent.